Debordements affiche 17.5.2018 copie 2

La réflexion sur les enjeux politiques de la littérature et de l’art a pris ces dernières années plusieurs tournants : elle s’inspire des études postcoloniales et subalternistes pour étudier la façon dont les textes prêtent leur voix à ceux qui en sont dépourvus, des études de traduction pour mettre en évidence la force subversive de la vie en « plus d’une langue », elle s’appuie sur la philosophie ranciérienne pour affirmer la politicité de l’art, elle identifie la politique de la littérature à sa capacité à critiquer, détourner ou enrayer le storytelling, ou elle réaffirme, par-delà la fascination contemporaine pour la catastrophe, le « potentiel » des arts (« Le potentiel recueille, à rebours des contraintes […], ce qui pourrait être, ce qui serait. Sa langue est celle d’une communauté brisée, découpée par de vieilles dispositions, une langue de traductions qui cherche à nous relier, nous disposer autrement, en accueillant toutes nos possibles dispositions, toutes nos plasticités, toutes nos migrances »[1]). L’hégémonie néolibérale et l’impasse des luttes actuelles imposent de penser à nouveaux frais l’action politique. Le sentiment de l’urgence d’agir coexiste avec celui de l’impuissance des types de pensée et des modes d’action éprouvés. Dans ces conditions, de nouvelles pensées de l’engagement émergent[2], la réflexion gagne les modes d’appropriation et de diffusion des œuvres[3] : l’exigence de leur portée politique est plus forte que jamais. Pourtant, la capacité de la littérature et des arts à produire des effets dans le monde n’a jamais semblé plus limitée qu’aujourd’hui.

Les communications portent, entre autres, sur les questions suivantes :

  • le débordement des frontières du littéraire par l’exposition de la littérature,
  • la littérature et la performance,
  • la littérature dans l’espace public, la littérature et la communauté,
  • le débordement des codes, des formes et des langues,
  • la mise à l’épreuve de la fiction par les littératures du réel comme débordement d’une frontière du littéraire,
  • l’histoire comme réserve ou ressource de débordements à venir

[1] C. de Toledo, A. Imhoff, K. Quiros, Les Potentiels du temps. Art et politique, s.l., Manuella éditions, 2016, p. 263.

[2] E. Bouju (dir.), L’Engagement littéraire, P.U. Rennes, 2005, S. Dreyer, Révolutions ! Textes et films engagés. Cuba, Vietnam, Palestine, Paris, Armand Colin, 2013, L. Côté-Fournier, E. Guay, J.-F. Hamel (dir.), Politiques de la littérature. Une traversée du XXe siècle français, Montréal, P.U. Québec, 2014, S. Florey, L’Engagement littéraire à l’ère néolibérale, P.U. du Septentrion, 2013. Voir aussi le travail mené par Danielle Perrot-Corpet avec sous le titre Littérature vs storytelling : http://obvil.paris-sorbonne.fr/projets/storytelling.

[3]Cf. Le Lecteur engagé. Critique, enseignement, politique, J. Roger et I. Poulin (dir.), Modernités n° 26, P.U. Bordeaux, 2007 ou les activités du groupe Transitions – URL : http://www.mouvement-transitions.fr

[4]      « Mondo scritto e mondo non scritto » (1983), traduit par Ph. Daros In Italo Calvino, Paris, Hachette Supérieur, 1995, p. 161-164, repris dans Défis aux labyrinthes 2, Paris, Seuil, 2003.

 

PROGRAMME

 

MERCREDI 13 JUIN [Station Ausone, Bordeaux]

13h30     Accueil

14h15     Ouverture du colloque

Eric Benoit, directeur de Telem

14h30    Présentation du programme

Jean-Paul Engélibert, Apostolos Lampropoulos, Isabelle Poulin

15h          Pause

15h30     Perspectives de l’extrême contemporain 1 [modérateur : Sylvain Dreyer]

Maryline Heck (université de Tours) : L’écriture comme expérience. Joy Sorman, Philippe Vasset, Eric Chauvier, Annie Ernaux

Sylvie Servoise (université du Mans) : Au bord de l’insurrection : sur quelques romans contemporains

Annie Jouan-Westlund (Cleveland State University) : Le Pays perdu de Pierre Jourde

17h          Pause

18h          La littérature dans la cité [table ronde]  [modératrice : Isabelle Poulin]

 Mathieu Larnaudie, écrivain

Alexis Nouss, professeur de littérature comparée, Université Aix-Marseille

Yves Pagès, écrivain, directeur des éditions Verticales

19h30    Fin de la journée

 

JEUDI 14 JUIN [Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine]

9h30      Théâtre et politique [modérateur : Jean-Paul Engélibert]

Jean-Benoît Cormier-Landry (université de Montréal) : La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès

Edy, Delphine (doctorante, littérature comparée, université Paris-Sorbonne) : Tchékhov, Ibsen et Schnitzler mis en scène par Thomas Ostermeier

10h30    Pause

11h           Critique et philosophie [modératrice : Catherine Coquio]

Lorena Ferrer (Université autonome de Madrid) : La question des bords chez Jacques Rancière

Jan Lietz (doctorant, littérature, Freie Universität Berlin): La notion de Haltung chez Lukacs et Kluge

12h          Déjeuner

14h00    Fiction et réalité [modérateur : ]

Anna Saignes (université Grenoble-Alpes) : Le reportage littéraire en Pologne

Sandra Barrère (UBM): Anima, de Wajdi Mouawad

Céline Barral (UBM)

Titre à venir

15h30     Pause

16h          Formes de l’action poétique [modératrice : Marie de Gandt]

Caroline Cunha-Carnier (Aix-Marseille Université) : Le mouvement Slam Resistência au Brésil

Francesca Manzari (Aix-Marseille Université): Liberté de l’inappropriable : déborder et accueillir pour Caroline Bergvall et Lello Voce

Véronique Muscianisi (université Grenoble-Alpes) : Le collectif d’artistes Les Souffleurs, commando poétique à Aubervilliers, Seine-Saint-Denis

17h30     Fin de la journée

20h         Dîner

 

VENDREDI 15 JUIN [Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine]

9h30      Perspectives de l’extrême contemporain 2 [modératrice : Céline Barral]

Corentin Lahouste (Université catholique de Louvain) : Yannick Haenel chroniqueur

Emilie Ieven (Université Saint-Louis de Bruxelles) : Utopie et quotidien chez Jean Echenoz

10h30    Pause

11h           Discours du féminin [modérateur : Apostolos Lampropoulos]

Joséphine Gardon (université Paris-Sorbonne) : Porosités, variété et politique dans les romans du XVIIe siècle.

Marie De Gandt (UBM) : Débords du discours du féminin au XIXe siècle

Fanny Monbeig (UBM) : Toni Morrison et Marie Ndiaye, silence littéraire et puissance politique

12h30     Déjeuner

14h30    L’œuvre et le politique [modératrice : Anna Saignes]

Riccardo Antoniani (université de Padoue) : Pétrole de P. P. Pasolini

Émeline Jaret (université Paris-Sorbonne) : L’œuvre de Philippe Thomas : l’écriture comme la peinture

Thibault Boixière (université du Western Ontario) : Maurice Blanchot et le terrorisme

16h          Pause

16h15     Catherine Coquio (université Paris 7) Le débordement du monde

[modérateur : Jean-Paul Engélibert]