« Cher ami… »

L’amitié dans l’œuvre et la vie de François Mauriac

 

32ème Colloque International organisé du 8 au 10 novembre 2018

par TELEM (UBM), la SIEM et le CFMM en relation

avec la publication du Dictionnaire Mauriac sous la direction de Caroline CASSEVILLE et Jean TOUZOT (éditions Champion)

 

Se demander ce qu’ont pu représenter, apporter, l’amitié et les amis, dans la vie et l’œuvre d’un écrivain, pourrait, de prime abord, nous conduire à feuilleter un album dans lequel figureraient ceux qui ont été, selon les moments et les circonstances de la vie, ses amis les plus proches. Une entrée du type « Mauriac et … » (suivrait ici le nom de tel ou tel ‘’ami’’ convoqué) conduirait à explorer les différents régimes d’amitié : amitiés personnelles, intellectuelles, littéraires, politiques, etc. On pourrait de la même manière distinguer les amitiés de jeunesse, celles des débuts dans la vie, de la maturité ou de la vieillesse, celles qui durent, celles qui s’effacent, les amitiés d’élection, celles qui semblent évidentes ou naturelles contre les amitiés paradoxales, « envers et contre tout », les amitiés fidèles ou les amitiés trahies, les amitiés célèbres, emblématiques, ou les amitiés plus discrètes, celles qui ont pu lier Mauriac à des anonymes, à des inconnus du grand public.

Mais les amitiés littéraires contribuent également à structurer le champ littéraire, à constituer ces réseaux de sociabilité au sein desquels l’écrivain installe et construit son parcours et son image, comme l’a fort bien analysé la sociologie littéraire notamment Anthony Glinoër. Il peut être bon de se pencher sur le dispositif de constitution de ces réseaux d’amitié, qui passent par des lieux de rencontre (salons, rédactions de journaux ou de revues, cercles, groupes), des combats communs ou des batailles partagées, des stratégies, des moments clés.

L’amitié s’écrit. Elle s’inscrit dans l’œuvre, régit notamment les relations entre les personnages des romans, constitue au sein même de l’univers romanesque un enjeu central, ou plus discret, voire absent. L’amitié trouve surtout ses modalités d’écriture dans la correspondance, privée ou publique, dans les textes d’hommage, de soutien, d’accompagnement. Elle est alors une des postures du préfacier ou du chroniqueur.

Elle peut également nourrir la production critique si l’on est, comme Mauriac, à la recherche d’une critique « de charité », de compréhension, d’empathie. On s’approcherait alors d’une éthique de la lecture - et donc de la critique – « amicale ».

Car l’amitié est concept, objet de pensée. Comment, où, au nom de quoi Mauriac l’a-t-il pensée (au sens où Montaigne, Péguy, Maritain, Blanchot, pour ne citer qu’eux, ont pensé l’amitié) ? Dans différents textes consacrés à l’« ami disparu » (ou retrouvé), Mauriac développe une véritable pensée de l’amitié, et, à travers l’ « ami », c’est plus largement son rapport à l’autre qui peut être pensé.

L’œuvre, l’écriture font enfin naître des amitiés lointaines, inconnues, mais tout aussi passionnées, fidèles, engagées. Les amis inconnus peuvent être les lecteurs contemporains, ou, plus éloignés dans le temps, ceux qui vont se constituer en cercles ou en groupes d’« amis » et inscrire dans la durée la mémoire de l’œuvre et de son auteur.

Bibliographie indicative :

Michel Suffran, Sur une génération perdue, Le Festin, 2005

« Les amis de jeunesse », Cahiers Mauriac n°12, Grasset, 1985

Mauriac lu par ses pairs, ed. Ph. Baudorre, La revue des lettres modernes, Minard, 2007

Gustave Planche, « Les amitiés littéraires », Revue des deux mondes, 1836 (consultable sur wikisource)

Anthony Glinoër, La Querelle de la camaraderie littéraire : les romantiques face à leurs contemporains, Genève, Droz, 2008

Raïssa Maritain, Les Grandes amitiés, Desclée de Brouwer, 1949

Maurice Blanchot, L’Amitié, Gallimard, 1971

Le résumé détaillé de la proposition de communication (environ 300 mots ou 1 500 signes), accompagné d’un titre et d’une courte biobibliographie, devra être adressé au plus tard le 30 avril 2018 aux adresses électroniques suivantes : philippe.baudorre@u-bordeaux-montaigne .fr ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Il sera examiné par le comité scientifique du colloque composé de Philippe Baudorre (Bordeaux Montaigne), Caroline Casseville (Bordeaux Montaigne), Jeanyves Guérin (Sorbonne Nouvelle – Paris 3), Jacques Monférier (Bordeaux Montaigne), et Jean Touzot (Paris-Sorbonne).

A l’issue du colloque, le comité scientifique sélectionnera les communications qui feront l’objet d’une publication.

 

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Frankenstein intermédiatiques.
Intermedial Frankensteins

Appel à contributions (scroll down for the English version)

 

200 ans après la publication de la première édition de Frankenstein, or, The Modern Prometheus (1818), la fiction imaginée par Mary Shelley a connu des réécritures, appropriations et transpositions au théâtre, au cinéma, en bandes dessinées. Les deux figures centrales, le savant fou et la créature, ont fait l’objet de variations dans les affiches et dessins satiriques, dans la culture populaire et les clips vidéo. Dans l’imaginaire collectif, le mythe moderne créé par Mary Shelley, loin de se réduire au texte primitif, doit sa popularité au relais assuré par des supports médiatiques très divers. La vivacité du mythe se vérifie dans la fréquence des versions cinématographiques mais aussi dans la production de séries (Penny Dreadful, The Frankenstein Chronicles, American Horror Story) qui raniment les motifs et les personnages d’un récit devenu familier. Il est donc légitime de s’interroger sur la dynamique de répétition et d’innovation qui caractérise ces reprises dans différents espaces médiatiques. Quels sont les motifs récurrents, les invariants en quelque sorte, du mythe de Frankenstein ? À l’inverse quelle est la part de nouveauté et d’invention des fictions inspirées du roman de Mary Shelley et à quelles finalités répondent les modifications, parfois radicales, apportées par romanciers, scénaristes, dessinateurs, etc. ? S’agit-il, comme dans Frankenweenie (Tim Burton, 2012) d’adapter le mythe à un type de public particulier (les enfants et adolescents), ou, comme dans The Casebook of Victor Frankenstein (Peter Ackroyd, 2011), de renouveler la lecture du roman initial en jouant sur la refocalisation et en mobilisant les ressources du postmodernisme ? Quel sens donner au fait que si certaines de ces fictions proposent une alternative au mythe (adaptation, réécriture ou palimpseste) d’autres semblent proposer une extension de la diégèse (I, Frankenstein ; Stuart Beattie, 2014), quand d’autres enfin intègrent le roman comme objet culturel dans leur univers fictionnel (les prologues des films de Whales, le roman Frankenstein Unbound, de Brian Aldiss) ?

Ce colloque explorera le destin intermédial de Frankenstein en privilégiant la spécificité des supports et en s’interrogeant notamment sur la production de sens associée à l’intermédialité. Les domaines explorés seront la littérature, le théâtre, le cinéma, les cultures populaires, le jeu vidéo, la bande dessinée. On pourra s’intéresser à la réception des productions culturelles et aux discours théoriques et critiques qui les accompagnent, dans le but de réaliser un état des lieux du mythe de Frankenstein aujourd’hui et de sa construction. On ne s’interdira pas pour autant de revenir à la source, puisque l’intermédialité caractérise dès l’origine la production du texte de Mary Shelley, dont la deuxième version (1831) fut publiée après la production de plusieurs versions théâtrales, et incluait des illustrations qui soulevaient déjà la question de la mise en images du récit. Le texte de Frankenstein lui-même, en mobilisant les ressources du sublime, instaurait déjà un dialogue avec les arts visuels, notamment dans les descriptions de la Mer de Glace.

Les propositions de communication, d’environ 200 mots, doivent être envoyées avec une brève note autobiographique avant le 31 janvier 2018 aux adresses suivantes

  • Jean-Francois Baillon (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Delphine Gachet (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Nicolas Labarre (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Gilles Menegaldo (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Natacha Vas Deyres (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

English version

In the 200 years following its first edition, Mary Shelley’s Frankenstein, or, The Modern Prometheus (1818) has been abundantly rewritten, appropriated, transposed and adapted, in other novels, in films, in comics or in plays. Multiple variations on its two central figures, the mad scientist and the creature, appear in posters, cartoons, music videos, video games and other popular cultural objects. In the collective imagination, the popularity of the Frankenstein myth owes as much to the original text as to the way it has been relayed and reshaped in a variety of media. The continued vitality of the myth is attested by the regular release of new cinematic versions, but also by its inclusion into many contemporary television shows (Penny Dreadful, The Frankenstein Chronicles, American Horror Story, to name a few) which revive and update the motifs of the familiar narrative.

This calls attention to the tension between repetition and innovation at work in these incarnations across various media. What are the recurring motifs, the invariants of the Frankenstein myth? Conversely, how and why is it transformed by novelists, filmmakers, artists, etc.? How is the narrative adapted to a new audience (children and teenagers), as in Tim Burton’s Frankenweenie (2012)? How is it renewed by a re-focalized postmodern reading, as in Peter Ackroyd’s The Casebook of Victor Frankenstein (2011)? How should we interpret the fact that some of these fictions offer alternative versions of the novel (through adaptations, rewriting, palimpsests, quotations, etc.) while other aim at expanding its story (I, Frankenstein, Stuart Beattie, 2014), and others yet turn the novel into a cultural object within the fictional universe (the prologues to Whale’s films, Brian Aldiss’s Frankenstein Unbound, 1973).

This conference will seek to explore Frankenstein’s intermedial destiny through a focus on medium specificity, in the hope of delineating the meaning-making process generated by intermedial circulation, through literature, drama, video games, comics and popular culture more generally. The organizers would like to invite proposals dealing with the reception of these cultural products but also on the critical and theoretical discourses they generate, in the hope of sketching an overview of the Frankenstein myth today, and the process by which it is constantly constructed. This does not preclude going back to the source-text, since intermediality informs Mary Shelley’s own text. The second edition (1831) was published after several theater productions and it included illustrations, which already raised the issue of the representation of the narrative. The very text of Frankenstein, and its use of the sublime, was already in dialogue with the visual arts, notably through its description of the sea of ice.

Short proposals (about 200 words) should be sent to the organizers, along with a brief autobiographical note, before January 31, 2018:

  • Jean-Francois Baillon (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Delphine Gachet (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Nicolas Labarre (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Gilles Menegaldo (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
  • Natacha Vas Deyres (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

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