Publication d’un volume de la collection
Quaderni del Centro Studi Buzzatinuméro

24102020 Caspar Page 1

 

dirigé par Delphine Gachet (Université Bordeaux Montaigne), Cristina Vignali-De Poli (Université Savoie Mont Blanc, Chambéry),

Alessandro Scarsella (Università Ca’Foscari, Venise) et Silvia Zangrandi (IULM, Milan).

Voyage et musique : deux passions buzzatiennes Hommage à Marie-Hélène Caspar (1945-2020)

Appel à contributions

 

L’Associazione Internazionale Dino Buzzati veut rendre hommage à Marie-Hélène Caspar, l’une des grandes figures de l’Association, disparue récemment (17mars 2020) en dédiant un numéro de la collection Quaderni del Centro Studi Buzzatiani, à sa mémoire.Marie Hélène Caspar a consacré l’immense majorité de ses travaux de recherche universitaire à l’œuvre de Dino Buzzati, écrivain qu’elle admirait beaucoup mais qu’elle n’a jamais rencontré: en effet, Marie Hélène Caspar a commencé sa thèse de doctorat sur l’œuvrebuzzatienne l’année même du décès de Dino Buzzati –c’était en 1972. Si Marie-Hélène Caspar a choisi de s’intéresser à Buzzati et si cette attention n’a jamais faibli, c’est à l’évidence parce qu’elle avait avec l’écrivain un certain nombre de points communs. À commencer par l’attachement à une région à laquelle ils se sentent intimementliés, la Vénétie de Feltre et Belluno : Buzzati pour y être né, Marie-Hélène Caspar parce que ses deux parents en étaient originaires.Mais au-delà de ces données biographiques, ils eurent au moins deux passions communes: la musique et le voyage, qui sont aussi, bien évidemment, deux thèmes centraux dans l’œuvre de Buzzati. Raison pour laquelle nous avons voulu qu’ils constituent les axes directeurs de ce volume.1)la musiqueTout jeune, Dino Buzzati a étudié le violon (avec, dit-il, un «acharnement fou») puis le piano;cette éducation musicale lui donne le goût de la musique classique, qu’il gardera toute sa vie. Quand il entre au Corriere della Sera, une des premières charges qui lui est confiée est celle de vice-chroniqueur musical, dont il s’acquitte avec le sérieux et l’engagement qui sont les siens. Mais aussi la peur de ne pas savoir faire, puisqu’il n’a pas de formation de critique musical, et dont il s’ouvre à son ami Brambilla. 1954 est une date clef puisqu’elle signe la rencontre de Buzzati et Chailly autour du premier livret d’opéra de Buzzati Ferrovia soprelevata: début d’une collaboration –et d’une amitié –fructueuse. Sans oublier que le peintre Buzzati réalisa quelques décors de ballets ou d’opéras. Cet amour de la musique nourrit également son œuvre.

Il s’agira dans cette section de voir comment elle le fait. Les angles d’approche peuvent être multiples:–on pourra relever toutes les occurrences de citations présentes dans l’œuvre buzzatienne: quels sont les types de musique,les morceaux, les compositeurs... que Buzzati mentionne. Qu’en dit-il? Quels débats théoriques se rencontrentdans sonœuvre (musique dodécaphonique, par exemple)? A-t-on des descriptions de mélodies, de musiques,...?L’intérêt que Buzzati a manifesté pour certaines musiques a-t-il influencé sa manière d’écrire, par exemple dans Orfi aux Enfersdont le protagoniste un jeune chanteur pop? –au niveau thématique, on pourra s’intéresser aux récits qui mettent en scène l’univers musical que ce soient des lieux consacrés à la musique («Panique à la Scala», ...) ou des personnages de compositeurs, de chefs d’orchestre ou de musiciens («La nouvelle», «Et si», «Le musicien envieux », «Fin dramatique d’un musicien célèbre »...)–toujours au niveau thématique, on étudiera la présence de la musique, des chansons ou, de façon plus large, des différents bruits et sonorités dans les textes –musicalité de la nature/de la ville,... («La chanson de guerre», «L’enregistreur», «Le vent», les bruits de la caserne dans Le Désert des Tartares, les chansons populaires dans «Un amour», la musique électronique dans L’Image de pierre,le chant du vent Matteo et de la nature dans Le Secret du Bosco Vecchio, etc...) Parfois harmonieuses, ces sonorités peuvent aussi être cacophonie: quelle est alors la valeur dela discordance?–au niveau formel, on examinera la musicalité des textes buzzatiens : Buzzati était très attentif aux sonorités des termes qu’il utilisait, des phrases qu’il construisait donnant à sa prose une dimension orale. On pourra donc s’attacher à analyser la musicalité de la prose, comme celle de la poésie puisque Buzzati a fait aussi œuvre de poète, écrivant des poésies (Le capitaine Pic, ...) ou insérant des passages rimés danscertains de ses livres (La Fameuse invasion de la Sicile par les ours, ...) et dans le théâtre.On s’interrogera également sur les textes qui, par le biais d’une réécriture de Buzzati lui-même ou grâce à différents metteurs en scène, sont passés à la scène et aux éventuelles transformations qu’ils ont subies («Le Manteau» a été successivement une nouvelle, un texte théâtral, un livret,..)–une attention particulière sera réservée aux textes musicauxécrits par Buzzati pour être mis en musique, et à la collaboration entre le compositeur (Chailly) et le librettiste (Buzzati). Quand Buzzati passe de l’écriture narrative habituelle à l’écriture «pré-musicale» du livret, que se passe-t-il? Modifie-il sa façon d’écrire, et comment? Quand il reprend un texte narratif déjà écrit, sur quels points particuliers portent les changements?–la question peut alors se poser de ce qu’il advient de cette musicalité des textes buzzatiens ou de l’univers sonore évoqué, lorsque les textes sont traduits. La langue d’arrivée permet-elle de retrouver ces effets? Le traducteur a-t-il cherché à les rendre? Comment a-t-il pu y parvenir?–Qu’en est-il dans le cas d’une traduction transmédiatique; comment la question de la musicalité se pose-telle au cinéma, au théâtre, en bande-dessinée?2)le voyageBuzzati naît à San Pellegrino, à quelques kilomètres seulement de Belluno,et revient régulièrement passer l’été dans sa villa familiale, alors qu’il réside à Milanl’hiver. Les déambulations entre la Val Belluna et la capitale lombarde, entre le paysage vénète et le paysage métropolitain, constituent une première source d’inspiration littéraire pour le jeune écrivain.

 

À cette dimension intime du voyage que permet sa condition familiale aisée s’ajoutera vitepour Buzzatila dimension du voyage dans l’imaginaire, en particulier après la rencontre avec Arturo Brambilla au Ginnasio Parini de Milan, en 1916, à l’âge de dix ans.L’amitié avec Brambilla se nourrit d’art, de littérature, d’un amour partagé pour la montagne et d’une fascination commune pour le mystère.Les deux jeunes amis font ensemble leur découverte du monde à travers les livresqui leur permettent de voyagerdans l’imaginaire: ils nourrissent mutuellement leur passion pour l’Égypte ancienne, les romans du XIXèmesiècle, Dostoïevski, la peinture de Rackham, la langue allemande. Autant d’espaces, de mondesimaginaires que Dino et Arturo découvrent ensemble, laissant des traces de ces découvertes dans leur riche correspondance. Ces voyages en sédentaire deviennent vite leur «patria», une patrie toute cérébrale bien sûr–«ci si viveva colla testa» [Album Buzzati,p.49].Le 10 juillet 1928 Buzzati franchit pour la première fois le seuil de via Solferino à Milan, et rentre au Corriere della Sera.Il débute ainsi sa carrière de journaliste qui lui permettra très rapidement de commencer à voyager.D’abord comme chroniqueur, puis comme reporteur, et c’est comme reporteur qu’il se déplace entre commissariats et hôpitaux en quête d’informations à apporterà la rédaction de son quotidien. À partir de novembre 1929 il rentre dans la rédaction du Corriere. Un changement de statut au journal qui le pousse àarrêter ses déplacements et que Buzzati semble vivre avecsoulagement: «Dunque, io sono passato interno nel senso che sia il mattino sia il pomeriggio, non giro più i commissariati e rimango invece in redazione a compilare le notizie portate dagli altri.», écrit-il à l’ami Brambilla[Album Buzzati, p. 118].Dix ans après, en 1939, Buzzati débute sa carrière comme envoyé spécial au Corriere; ses voyages l’emmènent en Éthiopie et dans d’autres zones de l’Afrique orientale et méditerranéenne. Et quand l’Italie entre dans le conflit, il s’y rendra comme correspondant de guerre.Buzzati sera chargé en juillet 1940 par Borelli, le directeur du Corriere, de suivre la guerre navale en Méditerranée, devenant ainsi, pendant troisans, correspondant de guerre.Plus tard, au début des années soixante, c’est à nouveau le journalisme qui permettra à Buzzati de continuer de voyager. Il fut envoyé pour de courts séjours au Japon, à Jérusalem, à New York, Washington, en Inde et à Prague entre autres et ces voyages feront à nouveau l’objet d’articles de sa part.Les angles d’approche de cette section du volume consacrée au voyage peuvent êtremultiples:–au niveau thématique, on pourra s’intéresser aux récits, aux articles et au chroniques qui mettent en scène la dimension du voyage, pour étudier notamment les lieux du voyage, qu’ils soient réels ouimaginaires, et les personnages que Buzzati y met en scène: comment interagissent-ils avec le paysage ou le lieu qu’ils investissent? Quelles émotions vit le personnage? Quelle relation existe-t-ilentre temps, espace et personnage? Plus largement on pourraétudier la dimension plus vaste du déplacement, dans le temps et dans l’espace, pour comprendre comment Buzzati utilise le thème du déplacement comme moteur narratif de ses récits, voire de ses romans.–toujours au niveau thématique, on pourra s’intéresser à la figure de l’étranger et à l’étrange: le voyage sera alors l’élément déclencheur d’une réflexion autour de la perception de l’altérité, du dépaysement que la rencontre avec l’autre peut générer.–le thème du voyage ou la figure du voyageur pourront aussi être analysés dans une perspective comparative: on pourra, par exemple,analyser en quoi l’Afrique racontée par Buzzati dans ses articles ou récits dialogue avec l’Afrique décrite par d’autres auteurs de son temps.–sur un plan plus formel, on pourra étudier les formes que prend l’écriture du voyage. Comment s’articulent notamment les productions qui convoquent l’oral, l’écrit et l’image dans l’écriture du voyage, à l’instar de Orfi aux Enfers ?

- la question peut également se poser de ce qu’il advient lorsqu’un texte buzzatien ‘voyage’ d’une forme à l’autre: c’est notamment le cas des récits qui prennent ensuite la forme d’une œuvre théâtrale, ou d’un long récit comme La Fameuse Invasion des Ours en Sicile qui a récemment pris la forme du long-métrage d’animation, grâce à Lorenzo Mattotti.Il s’agira alors de comprendre les raisons de ce voyage du texte, que l’auteur de cette opération textuelle soit Buzzati lui-même ou un interprète différent.–on pourra étudier la traduction de textes buzzatiens comme autant de voyages à l’intérieur d’une langue ou à travers d’autres langues. Il s’agira alors par exemple de comprendre pour quel public est pensé le texte d’arrivée, sur la base des choix de traduction qui y sont réalisés. Des études pourront également être menées sur la langue buzzatienne, pour approfondir notamment l’apport des termes régionaux dans la production de Buzzati comme autant de couleurs qui nous guident dans la géographie de notre écrivain. Cet aspect pourrait également être étudié dans les traductions de l’œuvre de Buzzati.Les propositions de communication, d’environ 200 mots, doivent être envoyées avec une brève note bio-bibliographique avant le 10novembre 2020 aux membres du comité scientifique, aux adresses suivantes:Delphine Gachet: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Vignali-De Poli: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.ro Scarsella: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Zangrandi: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. propositions retenues seront confirmées au 30 novembre ; les articles devront être rendus le 28 février 2021, en vue d'une publication à l’été 2021

 

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